Retour vers le Moyen-âge avec les visites du musée de Cluny et de la Sainte-Chapelle
MUSEE DE CLUNY
Il est consacré aux monuments, meubles et objets d’art de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance.

Nous sommes pris en charge par Madame Stéphanie Cabane, notre guide pour la journée.
Le musée de Cluny est situé dans le 5e arrondissement de Paris, au cœur du Quartier Latin qui rappelle certains souvenirs de jeunesse étudiante à certains. L’ordre bénédictin, établi en Bourgogne, qui contrôlait un important réseau d’abbayes dans toute l’Europe occidentale, s’installa à Paris dans un hôtel particulier du XVe siècle. Le bâtiment est adossé aux thermes gallo-romains du 1er siècle dont les ruines ont été conservées. L’abbé de Cluny disposait ainsi lors de ses séjours dans la capitale d’un pied-à-terre situé à proximité immédiate de la Sorbonne.
À la Révolution, l’hôtel est vendu comme bien national et subit des transformations et des agressions. En 1833, Alexandre du Sommerard, conseiller-maître à la Cour des comptes et amateur passionné par le Moyen Âge, s’y installe et loue quelques pièces pour y organiser sa collection d’objets, jusqu’à son acquisition par l’État en 1843. A partir de 2016 le musée est profondément remanié et modernisé. Aujourd’hui il possède l’une des plus importantes collections mondiales d’objets et d’œuvres d’art de l’époque médiévale.
Aujourd’hui, l’hôtel des abbés de Cluny est à la fois proche et éloigné de ce qu’il était au Moyen Âge. Ses façades, ses toitures ont bénéficié au 19e siècle d’une restauration, qui a notamment augmenté le nombre de fenêtres. En revanche, le tissu urbain dans lequel il était engoncé a disparu, suite aux travaux d’urbanisme du baron Haussmann, modifiant significativement la perception de ce joyau de l’architecture médiévale civile.
Sur la collection de plus d’un millier de pièces, nous présentons quelques échantillons qui ont retenu l’œil des photographes, Michel Bussière et Yves Tanguy.
Salle des chapiteaux :
Ils datent la plupart de l’époque romane, les plus anciens de Paris provenant d’une église située en haut de la Montagne Ste Geneviève, d’autres de l’église de St Germain des Prés.


Salle des émaux limouzins:

La Cène, Limoges vers 1240-1250,
Cuivre repoussé, gravé, ciselé et doré.
Probablement un devant d’autel. Jésus au milieu des apôtres, entoure de son bras Jean l’évangéliste. Le petit personnage devant la table, qui dérobe un poisson est Judas, le traitre.

Coffret illustrant l’assassinat de Thomas Beckett dans la cathédrale de Cantorbéry
La technique des émaux « champlevés » consiste à ôter un peu de matière pour y incruster de l’émail.
Le nom vient du français « champ surélevé », « champ » signifiant arrière-plan.
Art italien:

2ème quart du XIIIème siècle,
Vierge et St Jean d’une Descente de Croix. provenant de la cathédrale St Etienne de Prato – Toscane
Ces figures affligées encadraient un Christ décloué de la Croix.
Elles prenaient place au cœur d’une mise en scène théâtralisée évoquant les drames liturgiques.
Ivoires:
De l’ivoire en Occident au Moyen Âge ? L’idée aurait de quoi surprendre, quand on sait que ce matériau provient le plus souvent de défenses d’éléphant ou de morse, ou d’animaux qu’il faut aller chercher bien loin au nord ou au sud-est des rivages occidentaux. Et pourtant, ce matériau a été travaillé dès l’origine de l’art… et la période médiévale ne fait pas exception. Cela donne une idée de l’importance des échanges entre continents dès cette période.

L’autre étonnement, c’est la qualité des sculptures finement ciselées retraçant des épisodes de la Bible sur des panneaux ou sur des coffrets.

Crosseron (tête) d’une crosse épiscopale en ivoire d’éléphant sculpté représentant une Vierge à l’enfant, entre deux anges, vers 1300.

Les anges commencent à sourire, tel celui de Reims, style du gothique d’Île de France, avec statues d’homme imberbe aux cheveux bouclés.
Tapisseries, La Dame à la licorne:
Le musée de Cluny conserve une importante collection de tapisseries à caractère profane et religieux. Elles illustrent surtout des femmes cantonnées dans leurs activités habituelles, filer la laine, jouer de la musique, tisser une tapisserie. Parmi les pièces majeures de ses collections se trouvent l’emblématique tapisserie de La Dame à la licorne,
La tenture dite de La Dame à la licorne est une composition de six tapisseries du début du XVIe siècle, débuts de la Renaissance française. Elle furent probablement commandées pour Antoine Le Viste, magistrat, ambassadeur plénipotentiaire. Elles constituent les plus célèbres pièces de ce musée et attirent de très nombreux visiteurs. Les circonstances de leur commande restent peu claires, car pas documentées, mais elles pourraient avoir constitué des cadeaux de mariage. Sur chacune d’elles, un lion et une licorne sont représentés à droite et à gauche d’une dame, la licorne étant symbole de pureté.
Cinq de ces représentations illustrent chacune un de nos cinq sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher.
La sixième tapisserie, sur laquelle on peut lire la formule « À mon seul désir » sur une tente, est plus difficile à interpréter, mais semble relever d’une représentation moralisante d’un « sixième sens ».


PAUSE DEJEUNER
Qui n’a pas entendu parler de la rue de la Harpe, et la rue de la Huchette, ou les a parcourues à l’époque estudiantine ? C’est là que nous partons nous restaurer, non dans un Kebab, un Burger ni un Japonais, mais dans un chalet savoyard, au décor tout de bois, du sol au plafond. Nous sommes en plein dans les Alpages, cela nous change du Moyen-Âge ! Et il nous est servi un canard à l’orange, de quoi nous remettre de nos émotions (artistiques !).


LA SAINTE CHAPELLE
Le programme de l’après-midi nous fait traverser à pied la Seine par le Pont St Michel pour gagner le palais de justice qui enserre dans ses murs la Sainte Chapelle.
Nous y sommes accueillis par notre guide de l’après-midi, Mme Carine Carignon.
Gigantesque reliquaire, la Sainte-Chapelle est un joyau de l’architecture gothique, édifié au XIIIe siècle par Louis IX (futur Saint Louis) pour y placer la Couronne d’Epines et un fragment de la Vraie Croix, ainsi que diverses autres reliques de la Passion que St Louis avait achetées à partir de 1239, à prix d’or. Plus de la moitié du revenu annuel du domaine royal ! Aujourd’hui ces reliques ont été transférées à Notre-Dame de Paris. Ce gigantesque reliquaire, l’œuvre la plus parfaite du Moyen-Âge fut achevé en 1248.
En 1797, après la Révolution, elle est reconvertie en dépôt d’archives du palais de justice, cela n’empêche pas son dépeçage, et l’édifice devient presque une épave vide. Son état est déplorable à l’issue de la Révolution. Heureusement, au XIXè siècle elle fut restaurée grâce à l’action de divers architectes, dont Viollet-Le-Duc. La flèche fut érigée en 1957.
Ce qui frappe d’emblée : aucun arc-boutant ne vient consolider les murs extérieurs, les architectes reconnaissent que c’est une véritable prouesse technique. Elle tient debout grâce à un ingénieux système de chaines et de barres de fer qui ceinture l’édifice au travers des piliers et des vitraux, comme un corset. Les magnifiques verrières de la Sainte-Chapelle, de plus de 600m2, représentent plus de mille scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Le bâtiment comprend 2 chapelles superposées.
La chapelle basse

On pénètre par la chapelle basse par un porche ouvert sur l’extérieur à la différence de la chapelle haute qui n’a pas d’accès extérieur. Elle communiquait seulement avec les appartements du roi situés dans le palais qui jouxtait la chapelle le palais. Le monarque pouvait ainsi accéder directement de sa chambre. Le bâtiment actuel de la Conciergerie est ce qui reste de ce palais. Seul un étroit escalier en colimaçon permet d’accéder depuis la chapelle basse à la chapelle haute. La chapelle basse était destinée aux serviteurs du palais et aux soldats alors que la chapelle haute était réservée au roi et à sa suite. La hauteur sous voûtes de la chapelle basse est de 6,6 m seulement. Les vitraux actuels font recours à la technique de la « grisaille », c’est à dire une peinture sur verre d’aspect mât à base d’oxyde métallique utilisé pour dessiner un trait opaque sur le vitrail.
Cette chapelle a souffert de périodes d’abandon et de débordements de la Seine mais fut richement restaurée et repeinte à plusieurs périodes. L’ambiance sombre et ses proportions évoquent une crypte, mais la finesse des supports contraste avec cette impression, et le décor montre la même élégance que dans la chapelle haute.
La chapelle haute
La chapelle haute frappe par sa luminosité provenant des vastes verrières latérales et la suppression quasi totale des murs. Elle se distingue par l’élégance et la hardiesse de son architecture relevant du « style gothique rayonnant » qui se manifeste dans une élévation importante de 20,50 m. Bien qu’édifiée dans un bref délai ne dépassant pas sept ans, on n’a pas relevé de défauts de construction, et la décoration n’a pas été négligée. Elle fait notamment appel à la sculpture, la peinture et l’art du vitrail : ce sont ses immenses vitraux, historiés d’origine, qui font aujourd’hui sa richesse.
Un nombre important a été refait au milieu du XIXe siècle, sans altérer le rendu général et dans le parfait respect de l’iconographie et du style d’origine.
La lecture se fait comme une page de bande dessinée, mais du bas vers le haut et de la gauche à la droite, ligne par ligne. L’on compte huit fenêtres latérales, sept fenêtres de l’abside, et la rosace occidentale. Elle commence par la première fenêtre au nord et le début de l’Ancien Testament, et s’achève par la rosace dédiée à l’Apocalypse dont les vitraux datent de la fin du XVe siècle et sont plus clairs. Leur message est compréhensible pour ceux qui ont une bonne connaissance de la Bible. Les vitraux aux sujets prophétiques véhiculent un message plus spirituel, et sont à ce titre regroupés dans l’abside, réservé au clergé.


Pour en savoir encore plus sur la Sainte Chapelle, vous pouvez consulter l’article de notre historienne Martine Airiau.

Après cette riche journée de découvertes, les amis acrisiens se reposent autour d’un rafraichissement servi dans une brasserie de l’île de la Cité, typiquement parisienne, avec son agitation bruyante et ses serveurs à tabliers blancs. Un vrai dépaysement pour ceux qui viennent de leur lointaine province.
Un grand merci aux organisateurs du groupe Île de France , notamment Bernard Girardot et Xavier Lancrenon, pour l’organisation de cette intéressante journée !



